
Par: Dr. El FARHAUI Mohamed
Le Conseil Musulman de Belgique ne peut plus continuer à fonctionner dans le flou. Trop d’ambiguïtés, trop d’improvisations, trop d’incohérences ont affaibli sa crédibilité.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut réformer. La question est : combien de temps encore allons-nous accepter le désordre institutionnel ?
Dans un pays comme la Belgique, où les cultes reconnus bénéficient d’un cadre légal précis et d’un dialogue structuré avec les autorités, l’organe représentatif du culte musulman doit être irréprochable. Il ne peut pas donner l’image d’une institution instable, fragmentée ou mal structurée.
La crédibilité ne se décrète pas. Elle se construit.
Une institution ne peut pas fonctionner dans l’opacité
Une organisation représentative doit être claire dans son fonctionnement. Les responsabilités doivent être identifiées. Les procédures doivent être formalisées. Les décisions doivent être traçables.
Lorsque la gouvernance devient confuse, la confiance disparaît.
Lorsque les règles ne sont pas suffisamment explicites, les tensions s’installent.
Lorsque la transparence fait défaut, la légitimité s’érode.
Ce constat n’est pas une attaque. C’est une réalité.
Le désordre affaiblit toute la communauté
Chaque crise interne, chaque controverse, chaque ambiguïté institutionnelle ne nuit pas seulement à une structure administrative. Elle affaiblit l’image de l’ensemble du culte musulman dans l’espace public.
Les autorités publiques ont besoin d’un interlocuteur stable.
Les mosquées ont besoin d’une structure cohérente.
La communauté musulmane mérite une représentation organisée et crédible.
Or, on ne peut pas prétendre défendre des intérêts collectifs si l’organisation elle-même manque de rigueur interne.
L’ordre n’est pas autoritaire. Il est structurant.
Mettre de l’ordre ne signifie pas exclure, ni diviser. Cela signifie :
clarifier les compétences ;
renforcer les mécanismes internes de contrôle ;
formaliser les procédures ;
adopter des standards modernes de gouvernance.
Toute institution mature passe par cette étape. Refuser la réforme, c’est prolonger l’instabilité.
Conclusion : un choix décisif
Le Conseil Musulman de Belgique se trouve aujourd’hui à un tournant historique.
Deux chemins s’offrent à lui :
continuer dans une gestion fragile, au risque de perdre définitivement sa crédibilité,
ou engager une remise en ordre profonde, structurée et assumée.
Il ne s’agit pas d’un débat de personnes. Il s’agit d’un choix institutionnel majeur.
Si nous ne réorganisons pas notre gouvernance nous-mêmes, d’autres le feront à notre place.
Si nous ne rétablissons pas la confiance, elle nous sera retirée.
Si nous ne renforçons pas notre crédibilité, elle s’érodera davantage.
Le moment exige de la lucidité et du courage.
L’ordre n’est pas une option.
Il est la condition de la stabilité.
Il est la condition de la reconnaissance.
Il est la condition du respect.
Le temps de l’attentisme est révolu.
Il est temps d’agir.
